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Ateliers partagés : transmettre une pratique et des valeurs.

Depuis toujours, mes mains travaillent et ma tête réfléchit à ce que font mes mains. Je ne souhaite pas m’enfermer dans ce dialogue solitaire qui m’apporte beaucoup : je souhaite que les autres me comprennent et au delà, leur faire partager la magie que j’ai eu la chance de trouver dans mon domaine.

Aussi, les ateliers sont importants dans ma démarche, ils sont la mission qui me relie aux autres sur mon territoire, et je trouve important de donner un peu de ce que j’ai reçu.

La terre, c’est la matière première par excellence, le contraire du virtuel. C’est du palpable, du tactile, de l’expérience sensible qui amène de la pensée sensible.

Les valeurs que je souhaite partager habitent la terre, il faut les en extraire pour les partager. 

L’universalité de cette matière naturelle nous rapproche les uns des autres. 

1-Le respect de soi et des autres

Le « bien vivre ensemble » autour de la terre est essentiel pour que le travail en atelier se déroule bien. Apprendre à gérer l’espace de travail à plusieurs, à respecter les outils, à nettoyer l’atelier, à recycler la terre, à économiser les matières premières, à se protéger de certains produits fait partie intégrante du travail en atelier. Ceci est formateur y compris pour des adultes !

La découverte de l’autre au travers de ses productions est instructive et la terre permet à des enfants de réussir, là, de façon nouvelle, d’une façon qui est bien différente de celle de l’école ou du monde professionnel. 

L’émulation créative d’un groupe est importante à révéler à chacun, en ne comparant jamais les travaux entre eux, mais en énumérant les qualités uniques que chaque travail fait émerger. On valorise ainsi l’ensemble de ces qualités additionnées grâce au groupe et grâce à chacun de ses membres.

On apprend à respecter et à ne pas juger le travail des autres mais à voir ce qu’il apporte de neuf, d’original au groupe. On valorise la créativité, l’inventivité, la capacité à produire quelque chose de personnel.

2-La patience et le don de soi

La terre est plastique, elle semble pouvoir accepter tous nos gestes et pouvoir prendre toutes les formes. En réalité, cette souplesse ne pardonne pas. Tout s’inscrit dans la terre et elle exige une grande maîtrise pour que le résultat soit satisfaisant, pour que la forme se tienne, pour que le séchage et la cuisson se passent bien, pour que la couleur s’exprime fidèlement, pour au final obtenir une pièce que l’on souhaite solide et propre à son usage. Pour tous, c’est un apprentissage de la patience, du don de soi, du soin à apporter à ce que l’on fait. Par opposition à l’instantanéité de réponse de nos machines, à la satisfaction immédiate d’un désir, le temps de création est long et exigeant, et ce même si l’on peut bien sûr travailler la matière avec spontanéité.

Le temps de création implique en amont du travail manuel un temps de réflexion pour penser sa pièce, son usage, son émaillage futur : un temps de conception.

De cette conception découlera la technique à adopter.

Entre les premiers gestes et le résultat final, les étapes sont nombreuses : 

Plusieurs temps de séchage appropriés

Attente que le four soit plein

Première cuisson (10h + 12h de refroidissement avant ouverture du four)

Émaillage

Attente que le four soit plein

Deuxième cuisson (10h + 14h de refroidissement avant ouverture du four)

Toutes ces étapes sont longues et impliquent une grande patience et une grande ténacité.

3-Le développement d’un regard

Apprendre à regarder est tout un programme. 

Un programme dont bien des personnes ne soupçonnent pas l’existence ! Lumières et ombre, relativité des couleurs, perspective, formats, équilibre et gravité, rythme, motifs textures, symboles et références… sont parmi les questions que posent les arts plastiques et chacune peut faire l’objet d’un travail du regard.

Un objet en trois dimensions nous oblige à bouger pour le voir sous tous les angles ; le volume, la texture de la surface, la couleur exigent chacun une attention, et l’harmonie de tous ces aspects ensemble demande encore un autre regard.

Pour éviter un jugement à l’emporte-pièce, trop rapide, on peut mettre en place des critères de réussite et on peut s’amuser avec ces critères afin d’apprendre à déplacer son regard. L’exercice de la prise de vue est intéressant dans le cadre d’une mise en scène et d’une mise en lumière d’un objet. Là aussi il s’agit de réfléchir à ce que l’on met à l’intérieur d’un cadre, à ce que l’on veut montrer, suggérer, ou au contraire voiler, cacher… et à ce que l’on veut fixer, retenir, mémoriser.

Les jugements esthétiques sont fonction d’une époque, d’une culture, d’un contexte global (par exemple celui d’une collection, d’un éclairage, d’un cadrage) et dépendent également du sens qu’on donne à une production. On peut donner à voir dans l’histoire de l’art des exemples de productions qui valident certains critères ou au contraire remettent en question des préjugés et des clichés sur ce qu’est le Beau. 

Il n’en reste pas moins qu’un mystère étonnant subsiste car lorsque tout à coup tout le monde s’accorde dans l’émerveillement, pour dire « Qu’est-ce que c’est beau ça….!! », il peut nous sembler que la beauté est universellement ressentie. En tout cas, aller à sa rencontre fait du bien à tous et c’est déjà tellement !

4- Des villages agréables à vivre, des lieu pour se ressourcer et pour s’exprimer

Dans nos villages, l’offre culturelle se développe car de plus en plus d’artistes qui apprécient la qualité de vie que leur offre leur village ont envie, en échange, d’y apporter quelque chose, de partager leurs questionnements et leurs passions avec leurs voisins, de se mêler à l’amélioration de leur cadre de vie. A Champeix, plusieurs personnes ont cet engagement citoyen et j’aimerais pouvoir apporter ma pierre à l’action culturelle qui s’y déploie grâce à ceux qui sont déjà mes amis Et avec ceux que je n’ai pas encore découverts et qui le deviendront !

Mylène Carreau (https://labaronneperchee.wixsite.com/site ), 

Marine Magrini ( https://www.marinemagrini.com ), 

Roland Posé et Agnès Villani (https://www.facebook.com/devaguedo/ ),

Estelle Jacques (https://www.youtube.com/channel/UCBRi2uEpX73uDkwZIKOTUnw), 

Virginie Basset et Johan Jacquemoud ( https://www.virginiebasset.com/category/actualites )